Dans un premier temps, ma mission a consisté à rassembler des documents, les plus divers possibles, reliant Jean Moulin au village. Je me rendais donc à plusieurs reprises au musée Jean Moulin de Paris, qui centralise les archives de diverses institutions, et offre à la consultation une large part des archives familiales : cahiers d’écoliers, dessins d’enfant, d’adolescent et d’adulte, lettres, cartes de visites, photographies, bref, tous les papiers d’une vie.
Béziers, la ville natale de Moulin, constituait une autre étape incontournable : grâce au legs de Laure Moulin, plus de 600 dessins réalisés par son frère figurent dans les réserves du Musée des Beaux-Arts de la ville. Or, ces dessins en disent beaucoup sur leur auteur. En parallèle, je découvrais des lieux marqués par la présence de Moulin, sa maison au bord de la Nationale 7, celle de sa tante, son maset d’Eygalières, et je faisais la connaissance de ses petites cousines, Andrée et Suzanne Escoffier, témoins d’une existence finalement peu connue en dehors de la Résistance.
Alors que l’inventaire muséographique arrivait à son terme, que les dossiers de subventions étaient adressés à leurs nombreux destinataires, j’ai constaté que mes recherches recelaient la matière d’un livre original, anglé sur la vie intime de Moulin, ses passions, ses goûts, ses défauts, ainsi que les instants de répit qu’il sut s’aménager, de 1940 à 1943.
Mon éditrice, Charlotte Liébert-Hellman, s’est montrée d’emblée très enthousiaste. Après des journées passées à lire d’émouvantes archives familiales et à en apprendre beaucoup sur cet étonnant personnage, la découverte d’une correspondance inédite levant le voile sur le premier amour de Moulin, puis celle, par le Musée des Lettres et Manuscrits, de vingt-deux lettres écrites par Jean à sa mère