PUBLIÉ LE 13/12/2013
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| HISTOIRE |
L'Isarienne Geneviève Le Berre, ancienne résistante, et la Roubaisienne Lili Leignel, rescapée des camps de la mort, ont ému et séduit des centaines de jeunes.
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Des applaudissements souvent, des rires parfois, des émotions en continu jusqu'à lâcher des larmes pour certain(e) s : les six cents collégiens et lycéens du Nord et de la Picardie ne sont pas sortis indemnes de cette journée mémorielle de l'ONAC (Office national des anciens combattants), ce jeudi 12 décembre au Splendid de Saint-Quentin. Ils s'en souviendront. Face à eux, deux mamies au regard clair, deux femmes aux cheveux d'argent, la première de 93 ans, la seconde de 81 printemps, qui ont offert des témoignages exceptionnels à une jeunesse intéressée et à l'écoute. Nos deux femmes vaillantes sont restées debout, au pupitre, pendant leur intervention éloquente et émouvante, réalisée sans aucune note.
Il y aurait effectivement de quoi désespérer de l'espèce humaine. Malgré tout, Geneviève Le Berre, jeunette de 19 ans à la jupette plissée et aux socquettes blanches, qui convoyait en 1943 et 1944 au sein du réseau Bourgogne, des dizaines d'aviateurs anglais et américains par le train entre Paris et Perpignan, ne désarme pas en faveur de l'intelligence et de la paix.« J'ai eu 20 ans quand il y a eu la guerre. Je n'ai pas accepté que les drapeaux nazis remplacent nos couleurs. J'ai souvent eu peur, mais le cerveau commandait la carcasse », raconte Geneviève Le Berre. Qui raconte cette frayeur dans le métro parisien, avec sa valise contenant un émetteur radio. « Un officier allemand prend ma valise et mes épaules. Il voulait qu'on se revoie. Je crois qu'il attend encore... ».
Après Geneviève Le Berre, Lili Leignel a raconté sa rafle d'enfant juive le 27 octobre 1943. « La veille du jour anniversaire de maman, on avait préparé des dessins, des récitations et papa avait acheté des fleurs. À 3 heures du matin, la Feldgendarmerie est arrivée, on s'est réveillés en sursaut. Mon petit frère de 3 ans et demi voulait partir avec son canard en bois à roulettes. On nous a bousculés dans les escaliers ». Prison de Loos, transfert en Belgique, camp à Malines, les SS et leurs maudits chiens, les coups de cravache et les fouilles effrayantes puis les wagons à bestiaux à destination des camps de concentration : Ravensbruck, puis Bergen-Belsen.
Rasée, robe de bagnard et matricule 25612, Lili Leignel affronte une lente mort d'enfant de 11 ans. Ses journées sont interminables dans la faim, la souffrance et la maladie, privée de sa maman, « triée pour l'Arbeit (le travail forcé) ou elle partait à jamais. « On souhaitait tous mourir », avoue-t-elle. Hanté par le typhus et la mort, son camp est libéré par les Anglais le 15 avril 1945. Son père n'est pas revenu de Buchenwald.
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