Comment dans ces conditions, comprendre le probable vote négatif de l'Assemblée Nationale pour rétablir la circonscription nationale comme le proposent les députés du Mouvement Républicain et Citoyen et ceux du Parti Radical de Gauche. Le PS et l'UMP tombent d'accord pour éluder le débat européen alors même que tout le monde connait et reconnaît les défauts du système actuel.
Les élections européennes méritent mieux
Le mode de scrutin actuel imaginé par Jean-Pierre Raffarin en 2003 est absurde. On a prétendu s'attaquer à l'abstention grimpante et au désintérêt populaire vis-à-vis de cette élection en créant 8 circonscriptions totalement artificielles. Proximité et participation étaient les objectifs : l'échec est double et flagrant. La France n'a pas besoin d'improbables députés du Grand Centre ou du Grand Sud-Est, elle a besoin de députés mandatés à l'issue d'un débat clair sur les enjeux fondamentaux : politique d'austérité, avenir de la monnaie unique, fuite en avant fédérale.
Il y a urgence : l'abstention a atteint des niveaux record lors des scrutins de 2004 et 2009 (respectivement 57.24% et 59.37%). Il serait surprenant que les difficultés rencontrées par l'Union européenne ne renforcent pas cette tendance, dans l'état actuel des choses. Un débat européen, c'est aussi l'assurance d'avoir une représentation de qualité au Parlement Européen dont le poids politique augmente. L'Europe des Régions a fait long feu, un député français au Parlement Européen défend une conception de l'intérêt national et une vision de la construction européenne.
Malheureusement, la tentation de fuir le débat est forte. Aucun mode de scrutin ne garantit magiquement une forte participation, c'est la qualité de la discussion collective qui sera déterminante.
Ne pas escamoter le débat
Les craintes qui motivent le rejet d'un retour à la circonscription unique sont visibles : surcharge de réformes électorales (cantonales, municipales, sénatoriales), tribune donnée à la contestation extrémiste et peur du vote sanction vis-à-vis du gouvernement. Ces deux derniers risques en particulier existent, sans dépendre pour autant du mode de scrutin. La peur de Mélenchon ou de Marine Le Pen ne peut servir d'argument à l'immobilisme. La défiance gagne notre pays et, en particulier, nos concitoyens ne comprennent plus la direction que prend l'Europe. Il faut l'affronter sans biaiser et revenir à la circonscription nationale pour l'élection des représentants français au Parlement européen.