Lorsque, après le meurtre de César, Brutus voulut expliquer au peuple romain le crime qu’il venait de commettre, et justifier la mort du tyran par l’intérêt des libertés publiques, le peuple, dédaigneux des abstractions philosophiques dont se payent volontiers les grands, insoucieux de ces vagues et sonores libertés qui cachent, sous, l’ampleur généreuse des formules, les privilèges aristocratiques de quelques-uns, ne comprit pas grand chose au discours de Brutus ; il reconnut seulement et applaudit en lui l’homme d’action qui venait d’en tuer un autre pour un motif qu’il prétendait être l’intérêt de l’Etat, et tandis que Brutus s’enorgueillissait d’avoir tué César, ne songeant point que César pût revivre, la foule lui répondit: « C’est bien, Brutus ! Tu as tué César : je te salue César! »
Ce fut le premier châtiment de Brutus, en attendant que les conséquences de sa faute le conduisissent à se donner lui-même la mort. Il dut sentir alors qu’il ne suffit point de retrancher un homme du pouvoir, ou même de la vie, pour faire disparaître avec lui les instincts publics et les nécessités sociales qu’il représente. Il dut comprendre que la mort de César, c’était la naissance d’un système nouveau, qui s’appelait : le Césarisme.
Ce système devait vivre cinq cents ans ; et ce qui fait que la figure de César est restée et restera plus grande dans l’histoire que celle de Brutus, à part les vertus ou les vices propres à chacun d’eux, c’est que César incarnait en sa personne un véritable régime social, régime confus et violent sans doute, mais viable en somme et capable de durée ; tandis que Brutus et les siens n’étaient rien de plus que les derniers représentants d’une aristocratie décrépite, les derniers héritiers d’un passé sans avenir.
Le césarisme, en effet, que tant d’esprits superficiels et irréfléchis affectent de considérer comme un accident de l’histoire ou comme un signe carac
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